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- this is bruised. (sara) -

CIAO VECCHIO :: Naples, Italie :: Bord de la Tyrrhénienne :: Posillipo :: Résidences
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Elena ManzoniLa jeunesse dorée et éclatante
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Sujet: this is bruised. (sara) ( le Sam 10 Fév - 13:28 )
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Elena commençait à en avoir assez de ces non-dits. De ces secrets. C’était pareil à un poison qui coulait dans ses veines, la brûlant. L’asphyxiant. C’était une mort lente et douloureuse. Elena savait parfaitement qu’elle était en partie responsable de sa propre situation, de son propre malheur. À ne pas adresser la parole à sa tante, à ne lui répondre que par monosyllabes entrecoupées de regards dédaigneux, la jeune fille avait fini par tout simplement se barricader derrière un haut mur de pierres infranchissable par le reste du monde. Et cette solitude lui pesait de plus en plus. Il lui était de plus en plus compliqué de vivre avec ce trou béant au fond de sa poitrine. Elena aurait aimé pouvoir hurler, crier jusqu’à ce que sa voix se brise enfin. Jusqu’à ce que la douleur finisse par s’en aller enfin. Mais il restait cette boule au fond de sa gorge, il restait comme cette main qui lui enserrait le cou jusqu’à l’étouffement. Trop de questions tournaient à l’intérieur de sa tête, c’était pareil à un Carrousel qui s’était emballé. Et la musique l’assourdissait, et le monde disparaissait. Et la Terre tournait bien trop violemment, laissant un goût acide de vomis dans sa bouche. Comment la brunette pouvait-elle arrêter tout ça ? Comment pouvait-elle stopper le terrible tourbillon qui l’emportait loin d’elle-même, de tout ce qu’elle connaissait ? Elena savait. Elle savait parfaitement comment elle pouvait mettre fin à tout ce tourment. Ça n’arrangerait rien à sa vie, ou pas totalement, mais elle savait que ça l’aiderait. Au moins un peu. Et tandis qu’elle continuait de fixer le plafond de sa chambre trop sombre et trop silencieuse, la jeune fille se demanda si c’était véritablement le bon moment pour ça. Si c’était ce dont elle avait besoin. Ce dont elles avaient besoin. Une petite voix dans le creux de sa tête continuait de lui répéter que c’était ce qu’il fallait faire, que c’était la meilleure chose à faire pour sa tante et elle ; son cœur se serrait toujours autant dans sa poitrine à la seule pensée de devoir formuler ses pensées, ses sentiments, tout ce qu’elle renfermait à double tour au creux de son être.

Alors elle hésitait. Elena hésita un long moment avant de se redresser, l’air déterminé. Ce n’était peut-être qu’un air qui ne tromperait personne, surtout pas elle-même, mais c’était assez pour lui donner un semblant de courage. C’était tout ce dont elle avait besoin pour oser aller parler à sa tante : faire semblant d’être courageuse, juste pour cinq minutes. Juste assez pour être capable de sortir de sa chambre et d’aller trouver des réponses à ses questions. Et si Sara refusait de me répondre ? Pendant un court instant, elle sentit la colère l’envahir. Sa tante ne pouvait pas refuser de lui répondre. Pas alors qu’elle en avait tant besoin. Pas alors que ça la bouffait de l’intérieur. La brunette souffla bruyamment avant de se glisser dans le couloir sur la pointe des pieds. Le son bas de la télévision lui apprit que sa tante était toujours debout. Elle se mordit la lèvre, descendit silencieusement comme si elle voulait se donner une chance de s’échapper avant d’être vue par Sara. « Tata ? lâcha-t-elle, les mains déjà glacées d’angoisse. » Ce furent les animaux qui posèrent leur regard sur Elena en premier et, d’une certaine manière, cela la rassura un peu. C’était probablement idiot mais cela lui fit un bien fou et elle s’autorisa même un léger sourire. « Est-ce que ça t’embête si je te pose des questions ? Sur Papa. » Sur tout ce qu’il s’était passé pour que sa famille implose. Pour que tout parte à vau-l’eau. « Sur Papa et sur Maman. J’ai besoin de comprendre. » Parce que plus rien n’avait de sens dans sa tête. Parce que plus rien ne lui semblait réel. Et Elena ne parvenait pas à comprendre pourquoi son existence ressemblait tout à coup à un film de science-fiction depuis que sa mère l’avait abandonnée comme si elle n’avait jamais compté.




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Sara ManzoniLe vin est un puissant lubrifiant social
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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Mer 14 Fév - 22:07 )
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Comme chaque année depuis les événements qui avaient fait basculer toute son existence, cette date précise rendait la brunette des plus maussades. Un dessinateur de BD aurait sans doute créé un imposant nuage noir au-dessus de sa tête et l’aurait fait se mouvoir avec elle au fil de la journée : représentant officiel de son humeur sombre et triste, signe d’avertissement bien visible à l’attention de toutes les personnes qui prévoyaient de l’aborder. Bien sûr, Sara n’avait rien laissé voir aux employés et bénévoles du refuge, et pour cause : elle n’en attendait pas moins d’eux s’ils devaient faire face à des problèmes personnels. Sa porte était toujours ouverte en cas de besoin et ils le savaient. Mais cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient se montrer désagréables avec leurs collègues ou les potentiels adoptants qui passaient le pas de leur porte. En tant que gérante, il était du devoir de Sara de montrer l’exemple. Raison pour laquelle elle était arrivée ce matin affublée du même sourire avenant que d’habitude…

Et raison pour laquelle ce soir, alors qu’elle prenait enfin de le temps de se poser, elle laissa tomber le masque. Après un repas aussi silencieux que succinct, sa nièce était retournée dans sa chambre. Sara était persuadée qu’elle ne la reverrait pas avant le lendemain – et encore. Depuis leur courte discussion nocturne dans la cuisine, qui remontait à un bon paquet de semaines, les choses n’avaient pratiquement pas changé entre elles. Elena se montrait toujours distante et peu encline à desserrer les lèvres. Parfois, un petit rictus presque timide apparaissait sur son visage. Elle arrivait à souffler des mots simples tels que « Bonjour », « Merci » ou encore « A demain » sans aucun semblant de rancœur dans la voix. Quand elle était à deux doigts de baisser les bras, sa tante essayait de voir le bon côté des choses : l’attitude d’Elena n’était certes pas encore idéale, mais au moins, elle ne se montrait pas aussi fermée et en colère que lors de son arrivée à Naples. Et puis, Elena se servait toujours de la petite boîte, et désormais, son quotidien était rythmé par ses cours à l’université. Sara ne pouvait que constater avec bonheur et soulagement qu’elle avait peu à peu repris goût à la vie. Seule subsistait l’épaisse glace entre les deux femmes. Une glace qui fondait certes lentement, mais sûrement. Et c’était tout ce qui comptait, non ?

La télé fonctionnait presque en sourdine. Sara se concentrait à peine sur les images qui défilaient devant ses yeux, ses pensées toutes tournées vers Enzo. Car aujourd’hui, son frère aîné fêtait ses quarante ans. Une étape importante dans une vie… La brunette ne put s’empêcher de se demander si ce changement de décennie l’avait amené à réfléchir. S’était-il repenti de ses actes et se contentait-il de purger sa peine sans faire de vagues, impatient à l’idée de sortir pour se racheter auprès de sa famille ? Ou bien était-ce carrément le contraire ? Prévoyait-il de replonger dès sa libération ? A quoi pensait-il là, maintenant, alors qu’il passait cet anniversaire si spécial derrière les barreaux d’une cellule grise et froide ? Réalisait-il que malgré les années, il continuait à hanter toutes les pensées de sa sœur ? Comme pour empêcher les émotions négatives de la submerger davantage, Sara serra un peu plus Shadow contre sa poitrine. Le félin adorait venir se coucher contre sa maîtresse quand elle s’installait sur le canapé. Queenie, elle, avait sa place près de ses pieds. Quant aux deux canidés, il profitaient du grand tapis de poils synthétiques doux et épais glissé sous le sofa et la table basse. Sara pouvait presque entendre Alpha ronfler lorsqu’il releva soudain la tête. Il n’avait pas l’air surpris ni appréhensif, c’était plutôt comme s’il avait capté un bruit familier.

Très bientôt, Sara compris ce qui l’avait fait réagir : la voix d’Elena s’éleva dans son dos. Elle se retourna pour poser son regard sur elle, à l’instar des quatre boules de poils. Alors qu’Elena exprimait la raison de sa présence, la propriétaire des lieux sentit son cœur s’emballer. Elle ne savait plus quoi penser. Devait-elle être heureuse de voir que sa nièce se sentait enfin prête à franchir un cap ? Ou effrayée à l’idée que les réponses qu’elle lui apporterait ne lui plaisent pas, au point qu’elle regretterait de les avoir entendues ? Reprends-toi. Tu n’as pas le choix. Tu lui dois ces explications. Elle est capable de les entendre. Alors, tout en essayant de dissimuler le tremblement dans sa voix, Sara acquiesça. « Tu veux bien venir t’installer près de moi ? » Sans attendre, elle fit descendre Shadow et se remit en position assise sur le canapé, afin de laisser de la place à Elena. Lorsque sa nièce fut à ses côtés, elle enchaîna. « Je t’écoute. Pose-moi toutes les questions que tu veux. Je ne te cacherai rien, c'est une promesse. » Elena allait enfin connaître la vérité. Et d’un autre point de vue, Sara allait enfin connaître les mensonges. Que lui avait dit sa mère pour justifier l’éloignement si brutal qu’elle avait imposé à Elena vis-à-vis de son père et de sa tante ? A ce stade de la conversation, Sara n’espérait qu’une chose : qu’Elena soit sincèrement prête à faire face à toute l’histoire de sa famille…


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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Sam 17 Fév - 13:33 )
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Elena avait presque oublié l’anniversaire de son père, cette année. Presque. Il avait fallu qu’elle jette un coup d’œil à son calendrier pour remarquer la date. La date qui marquait la naissance de son père. Elle avait alors avalé sa salive et cette pensée ne l’avait pas quittée de la journée. Elle avait été hantée par son image, par le son de sa voix qui la poursuivait. C’était comme si son regard l’avait fixée, des heures durant, juste pour lui rappeler qu’il était là. Qu’il était encore là. Et maintenant, la brunette ressentait cette lourdeur dans son estomac et sa poitrine – une sensation très désagréable qui lui pesait et lui laissait un goût de vomis dans la bouche. Pourquoi tout n’était pas plus simple ? Pourquoi sa famille ressemblait-elle à une de ces familles qu’elle pouvait voir à la télévision dans des séries idiotes pour adolescents ? Elena ne savait pas ce qu’elle aurait été capable de donner pour avoir une famille sans histoire, une famille unie et simple. Elena donnerait beaucoup pour simplement revenir en arrière quand elle n’était encore qu’une enfant avec un sourire insouciant aux lèvres et des rires pleins la gorge. Mais la jeune fille avait grandi. La jeune fille avait perdu quelques rêves de fillette en cours de route. La vie avait fait que tout n’était plus si rose dans son château de petite princesse. Alors, installée précautionneusement aux côtés de sa tante, Elena serra les dents comme pour mettre la souffrance en sourdine l’espace de quelques instants. Elle était contente que Sara ne refuse pas de répondre à ses questions. Elena avait eu peur de se retrouver face à un mur – ce même mur auquel s’était confrontée Sara depuis qu’elle était arrivée à Naples. « Je… je ne sais pas vraiment par quoi commencer, elle hésita un peu idiotement. »

Après tout, comment Elena était-elle censée commencer cette conversation difficile ? Alors que les larmes lui nouaient déjà la gorge. Alors qu’elle n’était même pas certaine de vouloir entendre les réponses qu’elle attendait pourtant si désespérément depuis qu’elle avait compris qu’on n’avait fait que lui mentir depuis des années. La brunette soupira, lança un regard à sa tante comme un appel à l’aide. Elle ne voulait pas poser les questions – elle aurait voulu que Sara les devine et lui réponde sans qu’elle n’ait à ouvrir une seule fois la bouche. « Pourquoi est-ce que tu es partie ? Tu nous as abandonnés, elle lâcha. Tu ne nous aimais plus ? » Sa mère avait tellement répété de fois que Sara était une mauvaise personne que Elena avait commencé à la croire. Elena l’avait crue, parce que c’était Mamma et que Mamma ne pouvait pas mentir à sa fille. Jamais. Mais sa tante était là, elle. Et sa mère n’était plus. « Est-ce que c’est vraiment de ta faute, tout ça ? » Tout ça, quoi ? Sa vie en bazar, sa famille éclatée. Sa mère décédée et son père enfermé. Elena ne savait plus à qui se fier ou quoi croire. Restait la voix de sa mère qui l’avait arrachée à tout ce qu’elle connaissait. « Qu’est-ce qu’il s’est passé, Tata ? Je ne comprends rien… » La brunette tenta d’étouffer un sanglot et enfonça ses ongles dans la paume de ses mains. C’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour ne plus éclater en sanglots, pour ne plus hurler jusqu’à s’époumoner. C’était la seule façon qu’elle avait pour ne pas laisser la souffrance creuser un peu plus au fond de son être. Elena n’en pouvait plus des mensonges, des silences. Des questions sans réponse. Mais tous ces secrets, si lourds, l’effrayaient. Était-elle seulement prête à les entendre alors qu’il était parfois si doux, si rassurant de se bercer d’illusions ?




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Sara ManzoniLe vin est un puissant lubrifiant social
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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Sam 24 Fév - 13:05 )
Elles avaient besoin de se parler depuis si longtemps sans qu’aucune des deux n’en ait trouvé le courage. Elena ressentait bien trop de colère et de rancœur pour être capable d’entendre la vraie histoire de sa famille. Quant à Sara, elle avait eu bien trop peur de la brusquer : sa nièce avait tout d’abord besoin d’encaisser le brusque décès de sa mère. Ce n’était jamais facile pour un enfant de perdre ses parents, quel que soit son âge, mais Elena venait à peine de sortir de l’adolescence. A ce moment là d’une vie, de manière générale, on avait encore besoin de pouvoir compter sur celle qui nous avait mis au monde. De son soutien. De ses conseils. Sara ne remplacerait jamais Rose, bien évidemment, mais aujourd’hui Elena devait comprendre qu’elle était là pour elle, pour endosser ne serait-ce qu’une partie de ce rôle et l’accompagner au quotidien. Et tout ça commençait par une explication nécessaire, une mise à plat de tout ce qui avait pu se passer, même avant la naissance d’Elena. Afin de pouvoir repartir sur de bonnes bases, il ne devait plus rester aucun secret. D’ici quelques minutes, Sara briserait sans doute l’image que sa nièce avait de ses parents. Elle en avait d’ores et déjà le cœur serré d’émotion. Cependant, il n’y avait aucune autre alternative. Elle avait promis de répondre à la moindre de ses questions, et comptait bien respecter cette promesse. L’important était de se souvenir que quoi qu’il se passe, il suffirait d’un peu de temps pour qu’Elena réalise et accepte ce sombre passé. Ensuite, elle n’en serait que plus forte, pour une simple et bonne raison : il ne resterait plus aucune part d’ombre quant à son histoire. On disait communément « Il n’y a que la vérité qui blesse. » Aux yeux de Sara pourtant, il existait autre chose, qui pouvait blesser bien davantage que la vérité : le silence… Et ce soir, elle le briserait enfin.

Elle plongea son regard dans celui de sa nièce. Elle semblait perdue et avoua ne pas savoir par où commencer. Sara la comprenait tellement. Elle était en train de se demander si la meilleure solution ne serait pas de tout raconter elle-même depuis le début, lorsque la voix d’Elena se fit à nouveau entendre. Ses deux premières questions eurent l’effet d’un coup de poignard en pleine poitrine. Sara n’était pas partie, c’est Rose qui avait déménagé et emmené Elena avec elle. Qu’avait-elle bien pu raconter à sa fille ? Que c’était Sara qui s’était éloignée ? Qui ne voulait plus les voir ? Visiblement, comme le tendait à prouver la question suivante d’Elena, le tissu de mensonges de Rose allait beaucoup plus loin que ça. Quel acte irréparable lui avait-elle mis sur le dos pour qu’Elena pense que tout ça était de sa faute ? Certainement pas ce qui avait réellement eu lieu. Sara et Rose n’avaient jamais été très proches, même avant que tout ne bascule, mais elles se côtoyaient très souvent. S’appréciaient, même. La brunette avait appris à connaître sa belle-sœur. Et elle savait une chose : jamais elle n’aurait dit la vérité là-dessus à Elena. Car autrement, elle aurait été dans l’obligation d’expliquer tout le reste. Et comment pouvait-on annoncer à sa propre fille que sa famille était complètement pourrie jusqu’à la moelle, sa mère incluse ?

« Je crois que le plus simple serait que je te raconte tout depuis le début, » finit-elle par décider. « Et si tu as une question, à n’importe quel moment, tu n’hésites pas. » A cet instant, Shadow sauta de nouveau sur le canapé et se coucha sur Elena, ronronnements à l’appui. Sara côtoyait les animaux depuis bien assez longtemps pour savoir qu’ils étaient sensibles aux émotions de leurs comparses humains. Et Shadow plus que les autres. C’était une crème. Il avait senti que sa nouvelle amie avait besoin de soutien et avait décidé de l’aider dans cette dure épreuve qui l’attendait. Après un petit sourire touché pour son chat, Sara reprit son sérieux et commença son récit. Il était temps d’entrer dans le vif du sujet. Elle avait autant besoin de partager ce lourd fardeau qu’Elena avait besoin de le recevoir enfin. « Comme tu le sais, ton grand-père était originaire d’ici, de Naples. Et tes grands-parents se sont finalement installés à New York pour créer l’entreprise de transport dans laquelle ton père et moi avons ensuite travaillé. C’est ton grand-père qui a tout appris à ton père, alors que moi, j’ai décidé de passer par les chemins de l’université. Ici-même, d’ailleurs. Et puis tes grands-parents ont eu un accident de la route et c’est ton père qui a repris les rênes de la société. Tout se passait bien… » Elle se stoppa un instant et soupira. Elle avait la gorge serrée, appréhendant la réaction d’Elena. « Jusqu’au jour où j’ai découvert qu’Enzo… »

Il fallait qu’elle aille droit au but. Elle n’informerait sa nièce de tous les détails que si elle-même les demandait. Ça n’avait que peu d’importance, de toute manière. « Ton grand-père était lié à la Camorra. La mafia de Naples. Son emménagement aux USA n’était pas un hasard. Pour faire simple, les containers qui partaient de New York et qui devaient arriver au port de cette ville ne transportaient pas uniquement des marchandises déclarées. Ni même légales. » Sara fit une courte pause, laissant quelques secondes à sa nièce pour encaisser. « Et… ton père a été formé pour suivre la même voie. Il était supposé prendre la suite. Et c’est la raison pour laquelle ton grand-père m’a mise à la tête de mon propre département, bien éloignée des échanges avec l’Italie : pour que je ne sache rien. Mais j’ai quand même fini par avoir quelques doutes. Et en fouillant un peu, j’ai compris. Alors, j’ai confronté mon frère. » Les yeux remplis de larmes, Sara avoua. « J’ai essayé, Elena. Je te promets que j’ai essayé de lui faire entendre raison, mais il n’a rien voulu savoir. Il n’avait aucunement l’intention d’arrêter, il était trop attaché à tout l’argent, à tous les privilèges que cela lui apportait d’être en cheville avec la Camorra. Et moi… Je ne pouvais pas le supporter. Je ne pouvais pas simplement partir en sachant qu’il faisait passer des armes, de la drogue et que sais-je encore ici. En sachant qu’indirectement, il avait des morts sur la conscience… Et je pensais à toi. Comment aurais-je pu te laisser grandir au milieu de tout ça ? » Le moment était enfin arrivé d’avouer le plus dur à Elena. « Ton père est en prison aujourd’hui parce que... parce que c’est moi qui l’ai dénoncé. J’ai rassemblé des preuves, je suis allée à la police et je l’ai fait mettre derrière les barreaux. C’était… C’était le seul moyen. » Elle se stoppa et essuya ses joues mouillées. Elle s’était jurée de ne pas craquer devant sa nièce, de rester forte. Seulement, elle avait l’impression de revivre une seconde fois la période la plus difficile de toute son existence. Et cela faisait naître en elle une douleur aussi vive qu’insupportable.


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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Sam 3 Mar - 11:14 )
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Elena hésitait encore quant à l’attitude à adopter. Elle pouvait peut-être encore reculer et refuser d’écouter les explications de sa tante, non ? Qui lui en voudrait de se montrer lâche et de partir comme une voleuse ? Certainement pas Sara. Toutes les deux avaient repoussé cet instant jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de faire autrement ; toutes les deux avaient redouté ce moment où la vérité finirait par éclater. Et elles avaient l’air de deux idiotes désormais, à se regarder comme si elles ne se reconnaissaient pas, comme si elles n’avaient jamais été proches. Comme si elles n’étaient plus de la même famille. Il y avait beaucoup d’appréhension dans le regard de sa tante, dans le pincement de ses lèvres fines. La brunette aurait voulu trouver la force de l’apaiser, de lui prendre la main et de lui dire que tout irait bien – mais Elena n’était pas certaine que ce soit vrai. Elena n’était pas certaine que tout irait finalement bien après cette conversation. L’adolescente ne pouvait s’empêcher de fixer Sara du regard, comme si toutes les réponses allaient soudainement surgir pour venir la frapper en pleine poitrine. Elle avait peur des mots, elle avait peur de la vérité. J’ai peur de toi, Tata. Mais elle ne s’était pas attendue à une telle vérité. Elle ne s’était pas imaginée que ce serait comme un cauchemar qui l’engloutirait toute entière. D’un seul coup. Ou bien petit à petit, la grignotant bout par bout. Les mots lui semblaient presque étrangers, comme s’ils n’avaient plus aucun sens. Comme si sa tante parlait soudainement une langue étrangère que Elena ne comprenait pas. La Mafia de Naples ? Des marchandises illégales ? Son père en prison à cause de sa tante ? À cause de sa tante, se répéta-t-elle en fronçant les sourcils. Était-ce réellement de la faute de Sara ?

Elena se sentit pâlir. Il y avait comme cette violente nausée qui la prenait au ventre tout à coup. C’était pareil à se retrouver dans un mauvais film de gangsters. Elle avait déjà vu “Le Parrain”, avait même lu le livre mais sans jamais envier les personnages de l’histoire. Sans jamais se demander ce qu’il adviendrait si elle se retrouvait un jour au milieu d’une telle situation. Et voilà qu’elle y était plongée, jusqu’au cou, sans rien avoir demandé. « Le seul moyen de quoi ? demanda Elena après un long et lourd silence qui sembla lui noyer la poitrine. De briser notre famille ? De nous séparer ? Tu parles de mon père ! De ton propre frère ! » La brunette savait au fond d’elle que Sara avait agi comme il aurait fallu le faire. Elle savait que personne n’aurait dû laisser son père agir comme il l’avait fait plus longtemps encore. « J’avais besoin de lui, moi. Maman avait besoin de lui. » Mais Elena ne voyait que sa mère triste et incapable de s’occuper d’elle-même ; mais Elena ne voyait que le vide que son père avait laissé. On lui avait croire qu’il était mort, on lui avait fait croire qu’elle était complètement seule. Shadow remua sur elle, comme sensible à l’émoi qui lui retournait l’estomac. Mais Elena se sentait incapable de quoi que ce soit. Elena n’était même plus capable de penser. Elle était la fille d’un mafieux. Elle était la petite-fille d’un mafieux. Elle était la nièce d’une balance. Toute la jolie dorure autour de la photographie de famille sembla soudainement s’effriter comme un vieux tableau que personne ne désirait plus restaurer. « Mais quel genre de famille on est ? elle souffla, la respiration comme coupée. Pourquoi est-ce que Papa et Grand-Père ont fait ça ? » Elena ne parvenait pas à comprendre. Toute sa famille était complètement brisée, écartelée à cause de leurs histoires. « Est-ce que je reverrai Papa, un jour ? »




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Sara ManzoniLe vin est un puissant lubrifiant social
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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Jeu 8 Mar - 15:35 )
Le chemin des Manzoni était long et sinueux. Sara avait conscience que replonger dans le passé rouvrirait de nombreuses cicatrices. A mesure qu’elle racontait les faits à Elena, certaines images surgissaient dans son esprit. Le moment où elle avait compris que son frère travaillait secrètement avec la Camorra. Le moment où elle avait confronté Enzo – l’un des pires de toute son existence, surtout quand elle avait réalisé qu’il ne voulait pas revenir dans le droit chemin. Qu’il était, tout simplement, perdu à jamais. Elle se revoyait aussi dans les locaux de la police, assise sur un siège inconfortable de la salle d’attente, se demandant si elle ne devait pas plutôt s’enfuir en courant. Jusqu’au bout Sara avait douté. Jusqu’au bout elle s’était demandé si dénoncer Enzo et le faire emprisonner était vraiment la seule et unique solution. Enfin, Sara revoyait avec une parfaite clarté cette fameuse dernière confrontation avec Rose. Le coup de grâce. Car elle savait ce que faisait son mari, elle savait qu’il avait les mains couvertes de sang et elle le vivait bien. Comme Enzo, elle était devenue accro à ce train de vie qui leur permettait d’avoir tout ce qu’ils voulaient. Rien ne comptait davantage pour eux que d’avoir un gros compte en banque. Espéraient-ils vraiment que jamais personne ne découvre leur secret ? Pas même leur fille ? S’étaient-ils au moins posé la question de savoir comment Elena le prendrait si elle venait à connaître la réelle histoire de ses parents ?

Lorsque Sara se tut enfin, la réaction de sa nièce ne se fit pas attendre. Les mains tremblantes, une indicible détresse dans le regard, elle accusa Sara d’avoir détruit leur famille. D’avoir arraché Enzo à Rose et elle, alors que toutes deux en avaient besoin. Les doigts de la brunette se crispèrent sur le canapé. Sara se fit violence pour ne pas dire ce qu’elle pensait exactement de Rose, pour ne pas raconter tout ce qu’elle lui avait dit, menaces incluses, au moment où elles s’étaient vues pour la dernière fois. Elena souffrait déjà bien assez de la situation avec son père, et même si Sara lui avait promis la vérité, elle refusait que cela la pousse à détruire l’image qu’elle avait de sa mère. Sara n’espérait qu’une chose : qu’Elena ne l’emmène pas sur ce terrain-là en lui demandant pourquoi, brusquement, elles avaient coupé tout contact bien des années plus tôt. Car alors, sa tante n’aurait pas le choix. Entre briser Elena un peu plus ou lui mentir… Autant devoir choisir entre Charybde et Scylla. Si Sara se tournait vers la seconde solution en espérant la préserver, nul doute que la vérité éclaterait un jour. Elena risquait de ne jamais pardonner à sa tante d’avoir brisé sa promesse. Et elle souffrirait quoi qu’il arrive – encore.

La brunette garda le silence face aux mots cinglants d’Elena. Défendre sa décision de l’époque ne servirait à rien : elle réaliserait toute seule que sa tante avait fait le seul choix possible dans une situation aussi délicate. Et puis, Sara lui avait déjà donné ses raisons. Finalement et après quelques courtes secondes d’un silence pesant, la voix d’Elena s’éleva à nouveau. Plus calme, plus posée. Toutefois, sa peine était presque palpable. Sara compatissait. Vraiment. Combien de fois s’était-elle demandé, elle aussi, quel genre de famille était les Manzoni ? « Ces questions me hantent depuis toutes ces années. J’aimerais avoir une réponse à te donner… Mais je crois qu’on ne saura jamais vraiment. » Sara se rapprocha d’Elena et prit finalement ses mains dans les siennes, espérant ne pas faire face à un geste de recul de la part de sa nièce. « Notre famille a une lourde histoire, et crois-moi, j’aurais aimé que tu ne sois jamais confrontée à tout ça. Mais aujourd’hui, nous sommes tout ce qu’il reste des Manzoni. C’est à nous qu’il revient de décider de ce que nous voulons faire : laisser notre passé nous submerger, ou bien apprendre à vivre avec, et se concentrer sur l’avenir. »

Mais Elena lui rappela bien vite que non, elles n’étaient pas les seules. Enzo se trouvait peut-être derrière les barreaux d’une prison, mais il n’en restait pas moins vivant. Sara préférait néanmoins ne pas se faire d’illusions. Il avait été incapable de stopper ses activités criminelles malgré les larmes et les nombreuses supplications de sa petite sœur. Elle doutait que l’enfermement l’ait changé, et pourtant, elle donnerait tout pour qu’on lui prouve le contraire. Sara préférait croire au pire. C’était mieux que de penser au meilleur, sinon la chute n’en serait que beaucoup plus dure à supporter. « Je ne peux pas te refuser de voir ton père, Elena. Si c’est vraiment ce que tu souhaites, alors on prendra le premier avion à destination de New York. Mais je me dois de te dire que je ne sais pas comment il t’accueillera. La dernière fois que je l’ai vu c’était au tribunal. Je ne lui ai jamais rendu visite après. C’était impossible pour moi. » Elle soupira puis ajouta. « Finalement, ta mère est partie avec toi, sans que je ne sache où. Je me suis retrouvée seule, alors j’ai pris la décision de déménager très loin en espérant pouvoir me reconstruire après tout ça. »

Mais il y avait encore un élément dont Elena devait être consciente. « Ecoute, ton père ne sait pas que c’est moi qui l’ait dénoncé. Ce n’était pas pour le lui cacher, mais… Il faut que tu saches que la Camorra fait partie des mafias les plus dangereuses d’Italie, voir du monde. Elle est extrêmement influente, elle a des liens partout. Et notre famille représentait une très grande partie de son… commerce avec le territoire américain. Ils ont énormément perdu quand notre société de transport a fermé. Et ton père… comment dire… était vraiment apprécié des dirigeants. Tout comme ton grand-père. » Sara plongea son regard dans celui de sa nièce, essayant de lui faire comprendre que ce qui allait suivre était d’une importance capitale. « Si la Camorra avait su ce que j’avais fait, je serais morte aujourd’hui. La police m’a protégée en se débrouillant pour que je n’apparaisse nulle part, et encore moins en tant que témoin. » Elle fit une courte pause et reprit. « Tu vas me demander pourquoi je suis venue vivre dans la ville de la Camorra alors que j’aurais pu aller n’importe où ailleurs… Et bien parce que malgré l’histoire des Manzoni, je suis attachée à Naples depuis l’enfance et je suis fière de mes racines. Je ne suis pas stupide, j’ai conscience que la Camorra sait qui je suis, et que je suis là. Pour autant, ils me laissent tranquille, ils ne m’ont jamais approchée. Enzo leur avait certainement dit que je n’étais pas mêlée à leurs histoires, alors ils font comme si je n’étais qu’une anonyme parmi tant d’autres… Et il faut absolument que ça reste comme ça. Pour ma sécurité mais aussi et surtout, pour la tienne aujourd’hui… » Sara reprit son souffle, espérant qu’Elena ne soit pas trop abasourdie par toutes ces informations. « En conclusion, tu n’as qu’un mot à dire si tu veux rendre visite à ton père. Mais rappelle-toi qu’il ne doit jamais savoir que c’est moi qui l’ait dénoncé. Les murs ont des oreilles, et encore plus en prison. » La brunette pria pour que le message soit passé, pour que sa nièce ait compris… Car le moindre faux-pas pourrait leur coûter très cher à toutes les deux.


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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Mar 10 Avr - 10:20 )
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Elena se sentait dégoûtée. Dégoûtée d’apprendre tout ça sur sa famille, dégoûtée de porter le nom de Manzoni. Dégoûtée de se dire que son père et son grand-père avaient tous les deux fait tant de mal dans la vie. Dégoûtée de comprendre que sa tante était responsable de l’éclatement de sa famille. Mais quelle famille ? se demanda la jeune fille, avec une grimace. Sa famille n’était pas celle qu’elle avait imaginée depuis toujours, depuis ses plus jeunes années. Sa famille n’était pas celle qu’elle avait tant idéalisée. Et Elena ne savait pas quoi faire de tout ça, de toute cette vérité qui lui tombait sur les épaules comme un lourd fardeau qu’elle n’avait jamais eu conscience de porter. Est-ce que son père lui aurait parlé de ses affaires un jour ? Est-ce que Elena aurait été mise dans la confidence, une fois plus âgée ? Est-ce que son père aurait voulu qu’elle reprenne les rênes de toute cette organisation ? L’estomac complètement serré, retournée, la brunette avala sa salive. Jamais elle n’aurait été capable de tout ça. Elena aimait à penser qu’elle aurait été assez honnête pour tout changer, pour tout réformer malgré l’avis de son père, malgré tout ce qu’il avait fait. Mais, en vérité, Elena ne savait pas. Elle ne savait pas ce qu’elle aurait fait dans ce cas-là. Peut-être aurait-elle voulu faire plaisir à son père ; peut-être aurait-elle désiré suivre ses traces pour le rendre fier. Et l’adolescente eut alors très honte de cette pensée. Ce que Papa faisait était mal. Il est en prison à cause du mal qu’il a fait. En prison à cause de Sara. Elena ne put s’empêcher d’en vouloir à sa tante pour avoir dénoncé son propre frère. Elle lui avait arraché son père ; sa mère ne s’en était jamais remise et avait sombré sans trouver la solution pour se remettre sur pieds. Elena avait tout perdu et c’était en partie la faute de Sara. Comment était-elle censée la regarder en face, désormais ?

« Est-ce qu’ils… Est-ce qu’ils me connaissent aussi ? demanda la brunette, faiblement. La Camorra, est-ce qu’ils savent que je suis là aussi ? » Si sa tante semblait être hors d’atteinte, qu’en était-il d’elle ? Qu’avait dit Enzo Manzoni au sujet de sa fille ? Savait-il seulement que sa femme était décédée aujourd’hui ? Tout semblait s’embrouiller. Et plus sa tante lui expliquait sa famille, plus Elena semblait se perdre dans des méandres comme des sables mouvants. Elle avait l’impression de s’enfoncer lentement dans la terre, sentant le sol s’ouvrir sous ses pieds pour l’engloutir toute entière. « Et tu es d’accord pour que j’aille le voir ? Qu’est-ce qu’il dirait en me voyant là-bas ? » L’adolescente n’était même pas certaine de vouloir revoir son père, pas après tout ça. Pas en sachant ce qu’il était réellement. Son père, il avait été son héros durant toute sa vie. Elena l’avait vénéré. Quand elle était petite, comme toutes les autres gamines du monde, elle avait toujours dit : « Plus tard, je me marierai avec Papa ! » et il avait toujours souri à cette remarque avant de l’embrasser délicatement sur le front, lui soufflant un joli ‘je t’aime’ à l’oreille en passant. Mais aujourd’hui, tout avait changé. Son père n’était plus le héros de l’histoire. Son père était devenu le méchant. Son père n’était plus véritablement son père – plus comme avant. « Je ne sais pas… Je ne sais pas si je veux aller le voir, bégaya Elena en baissant les yeux. Je ne sais pas ce que je veux… » Ou plutôt, la brunette savait ce qu’elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas savoir tout ça. Elle ne voulait pas que son père soit en prison, elle ne voulait pas que sa mère soit morte. Elle ne voulait pas être là, à Naples. Elle ne voulait pas être dans cette position : savoir la vérité sur sa famille et vivre avec ce secret comme un poison. Elle ne voulait pas que sa tante ait dénoncé son frère. Elle ne voulait pas que sa tante soit en danger par sa faute. Elle ne voulait plus être une Manzoni, et à raison.




te parler du bon temps qu’est mort et je m’en fous, te dire que les méchants c’est pas nous, que si moi je suis barge ce n’est que de tes yeux car ils ont l’avantage d’être deux.
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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Ven 13 Avr - 13:15 )
La Camorra était une puissante organisation criminelle, connue dans le monde entier pour ses nombreux trafics, règlements de compte et autres joyeusetés du même genre. Chaque membre de cette terrible mafia avait un casier judiciaire long comme le bras. C’était malheureusement le cas d’Enzo. Seule l’absence de meurtre sur le sien lui avait permis de ne pas écoper d’une peine interminable. Pour autant, il ne sortirait pas de sitôt, du moins était-ce ce qu’avait décidé le juge au moment du procès. Sara était en train de compter mentalement les années qu’il lui restait à purger lorsque sa nièce lui demanda faiblement si la Camorra savait qui elle était et où elle se trouvait. Le cœur de la trentenaire se serra encore un peu plus. Elle aurait tellement aimé ne pas avoir à inspirer autant de déception, de terreur et de douleur à Elena. Mais il le faut. Pour notre bien à toutes les deux… Pour repartir sur de bonnes bases. Elle lui avait fait la promesse de se montrer honnête, peu importe la question. « Oui, je pense. J’en suis presque sûre, » avoua-t-elle, les sourcils froncés alors qu’elle réfléchissait. « Ils doivent encore me surveiller, même si ce n’est que de loin. Ils ont certainement mené leur petite enquête en te voyant t’installer ici. Je ne sais pas s’ils ont encore des contacts avec ton père, mais si c’est le cas, ils lui ont certainement dit que tu étais avec moi maintenant. »

Etant donné que Sara n’avait pas vu son frère depuis ce fameux jour au tribunal, elle n’avait vraiment aucune idée de sa relation actuelle avec ses anciens employeurs. L’avaient-ils abandonné ? Du moins, attendaient-ils sa libération avant de reprendre contact avec lui ? Ou continuaient-ils à le renseigner sur sa famille ? Tout était possible. Finalement, rien ne garantissait qu’Enzo se trouvait encore en prison. La Camorra lui avait peut-être fourni un excellent avocat bien véreux afin de l’aider à réduire sa peine. Il suffirait à la jeune femme de passer un coup de fil – un seul – pour savoir. Mais encore une fois, c’était bien au-dessus de ses forces. Elle préférait mettre son passé de côté et aller de l’avant, quitte à ce qu’il resurgisse un jour sans qu’elle y soit préparée, plutôt que de le laisser la dévorer de l’intérieur. Elle avait fait son choix, et elle s’y tiendrait. Mais elle ne voulait pas l’imposer à Elena. Raison pour laquelle elle lui avait naturellement proposé de l’emmener voir son père si tel était son souhait. « Oui, » confirma-t-elle à sa nièce. « Même si dans l’absolu, je n’ai pas être d’accord. J’ai pris ma propre décision, mais c’est à toi de prendre la tienne, Elena. Tu es assez grande pour juger de ce qui est le mieux pour toi. » La gorge serrée, Sara se garda bien d’ajouter que c’était aussi et surtout parce qu’après tant d’années passées loin d’elle, elle ne la connaissait plus. Plus assez pour l’aider, pour l’aiguiller. Sa magnifique nièce n’était désormais rien d’autre qu’une inconnue à ses yeux. Et cette terrible vérité inspirait la plus grande douleur à Sara. Une douleur si intense qu’elle pouvait presque la ressentir, là, à l’intérieur, en train de lui compresser la poitrine et lui vriller le cœur.

Alors qu’Elena lui faisait part de sa confusion, sa tante plongea son regard dans le sien. « Tu n’es pas obligée de décider tout de suite. Rien ne t’y force. Prend ton temps. Du recul, aussi. Tout est encore trop frais et… » La voix de Sara se brisa soudain. Elle n’arrivait plus à supporter cette situation. Ses yeux brillants laissèrent finalement échapper les nombreuses larmes qu’elle retenait depuis trop longtemps. « Si tu savais à quel point je suis désolée de t’infliger tout ce mal, Elena. J’aurais tellement aimé que les choses soient différentes. J’aurais tellement aimé te retrouver dans d’autres circonstances… » Sara essaya autant que possible de reprendre contenance. N’était-elle pas l’adulte de la conversation ? Elle passa ses mains sur ses joues mouillées et renifla discrètement. La voix toujours tremblante, elle reprit. « Je sais que toi et moi avons encore beaucoup de chemin à faire. Mais… Je veux que tu saches que tu m’as terriblement manqué et qu’il ne s’est pas passé un seul jour sans que je ne pense à toi, sans que je ne me demande où tu étais, ce que tu faisais… Ça a été un véritable déchirement de te perdre. » Et ça l’avait été à un tel point qu’au refuge, là où la brunette passait le plus clair de son temps, une photo de la petite Elena riant aux éclats dans les bras de sa tante trônait fièrement sur le bureau. « J’espère qu’un jour tu auras la force de me pardonner et qu’à partir de ce moment-là, on pourra vraiment se retrouver. J’ai terriblement hâte de découvrir la magnifique jeune femme que tu es devenue. »

Un mince sourire réussi à étirer ses lèvres malgré l’émotion qui l'assaillait de toutes parts. Oui, elle était vraiment impatiente à l’idée de partager de bons moments avec Elena. A l’idée de forger ce lien fort et complice qui lui faisait tellement défaut. Consciente que dans la réalité, elles n’en étaient pas encore là, Sara ressentit le besoin d’ajouter. « Et en attendant, je continuerai à te laisser autant d’espace que tu le souhaites. Garde simplement à l’esprit que si tu as la moindre question, ou si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là. » Je serai toujours là pour toi. Je t’aime et j’ai tellement envie de te serrer dans mes bras…

Mais elle n’osa pas, effrayée à l’idée que sa nièce trouve ce geste trop prématuré et choisisse de la rejeter.


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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le Mer 2 Mai - 9:05 )
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Est-ce qu’elle désirait revoir son père ? Elena ne savait pas. Elle n’en était pas sûre. Il lui semblait avoir tant de questions encore. Il lui semblait avoir tant de colère en elle. L’adolescente comprenait un peu mieux pourquoi on lui avait menti ; elle comprenait un peu mieux pourquoi la vérité était parfois si dangereuse. Après tout, la brunette ne s’était pas attendue à tout ça – apprendre que son père était en prison, apprendre que son père faisait partie de la mafia. Apprendre que si sa famille avait éclaté à l’époque, c’était parce que Sara avait choisi de tourner le dos à son frère. Elena n’était pas idiote, elle comprenait bien que sa tante avait fait ce qu’il fallait, avait fait ce qu’elle devait faire. Mais lorsque l’adolescente s’imaginait ce qu’aurait pu être sa vie si Sara n’avait rien dit, elle avait comme un goût amer au fond de la gorge. « Est-ce qu’ils ont déjà essayé de te recruter ? Pour prendre la place de Papa, elle demanda doucement. Ils ont essayé ? » La jeune fille ne savait pas comment tout cela fonctionnait ; elle ne tenait pas à savoir. Et pourtant, cette question la taraudait : sa tante n’a-t-elle pas été approchée quand il a fallu mettre quelqu’un à la place de son père ? « Je ne sais pas ce que je veux, admit-elle avec une grimace sur la bouche. J’ai passé toutes ces années à croire qu’il était mort et… J’ai dû faire mon deuil, apprendre à vivre sans lui. Grandir sans lui. Et maintenant que c’est Maman qui est morte, je dois tout recommencer. Je dois tout recommencer et me faire aussi à l’idée que j’ai mon père qui est finalement vivant mais en prison. » Comment Elena était-elle censée faire avec tout ça ?

Bien sûr, elle n’était pas obligée d’accepter tout de suite. Ou même de refuser tout de suite. Elle pouvait prendre le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre. Elena n’était pas pressée. Et malgré cette sensation d’urgence qui lui tiraillait le vendre, l’adolescente ne voulait pas se précipiter. Ça ne servirait à rien ; ça ne résoudrait rien. Et ça ne rendrait pas les choses plus faciles pour elle. Tout ce dont Elena était sûre en cet instant, c’était qu’elle ne désirait pas être mêlée à toutes ces histoires de Camorra. Elle ne tenait pas à suivre les traces de son grand-père, de son père. Ce n’était pas elle. Ça ne le serait jamais. Quelque part, la brunette se disait que ce qu’avait fait sa tante était juste malgré tout. « Tu m’as manqué aussi, tu sais… » C’était un aveu difficile pour Elena. Parce qu’elle avait réprimé tous ses souvenirs d’avec Sara depuis qu’elle était partie. Parce qu’elle s’était forcée à détester tout ce qu’elles avaient vécu. « Mais comment je suis censée faire comme si de rien n’était alors que j’ai cru pendant toutes ces années que tu nous avais abandonnés ? Que tu m’avais abandonnée, continua-t-elle, l’amertume et l’acidité lui brûlant la langue. Tu n’as plus donné de nouvelles, du jour au lendemain. Tu m’as laissée toute seule avec Maman. » Pendant des mois, des mois et des mois, la jeune fille avait espéré voir Sara revenir. Elle avait guetté, même tard dans la nuit, le petit chemin devant l’entrée en priant pour y voir la silhouette de sa tante apparaître. Mais elle n’était jamais revenue. Elle n’était jamais réapparue. « En l’espace de quelques semaines seulement, je vois ma mère mourir, j’apprends que mon père est quant à lui vivant mais en prison, qu’il est une espèce de Parrain de la Mafia comme dans le vieux film et on m’envoie habiter chez toi, une tante qui avait une si grande place dans mon univers et qui m’a laissée tomber. » Elena perdait sa respiration, elle sentait sa vue se brouiller. « Comment est-ce que je suis censée réagir face à tout ça ? elle demanda, presque de façon rhétorique cependant qu’elle sentait ses joues devenir humides. » Mais quelque part, elle espérait que Sara lui apporte des réponses. Elle espérait que sa tante ait la solution à ce mal qui la rongeait. Dis-moi, s’il-te-plaît ; dis-moi comment faire revenir ma vie à la normale.




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Sujet: Re: this is bruised. (sara) ( le )
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